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"Devenir la question"
Nonne Ji Sei


         Le zen est l’expérience de l’inconnu. Et devant l’inconnu, le plus souvent, le langage défaille. Pourtant, il  faut bien oser  des mots. Tout semble déjà avoir été écrit sur le zen, les enseignements des maîtres remplissent les livres, et  internet est une source de connaissances immense. Tapez « zen » ou « zazen » sur votre moteur de recherche, et vous en apprendrez plus que ce qu’il est possible de retenir.
Mais que dire, avec des mots, de l’expérience de l’assise ? Rien…
car aucun mot de remplace l’expérience.

Et si le zen s’est transmis de génération en génération depuis l’époque du Boudddha Shakyamuni, c’est seulement par la rencontre.
Celle du cœur, entre un maître et son disciple.

Mon maître, SandoKaisen, révolutionne les mots, remet en question les vieux concepts, qui ont vieilli comme de vieux oripeaux que l’on traîne parfois depuis des siècles.
Comment parler de zazen, cette posture d’Eveil qui porte un nom japonais ? Au plus près de son sens, en langue française, il parle de « recueillement silencieux ».

L’Enseignement de l’Eveillé n’en finit pas de donner de nouvelles fleurs.

«  Examinez si, au moment précis où l’on s’assoit, le monde entier est verticalité ou horizontalité ? A cet instant précis, qu’est ce que cette assise ? Est-ce une vitalité ou un dynamisme ? Penser ou ne pas penser ? Faire ou ne pas faire ? Est-ce s’asseoir dans l’assise ou s’asseoir dans le corps et l’esprit ? » Est-ce s’asseoir dépouillé de telles assises ? Il doit y avoir mille et dix mille de ce genre d’interrogations. «  ( Dogen, « Le samadhi roi du samadhi » )

Il a fallu des hommes au caractère fort et intransigeant pour transmettre l’enseignement du Bouddha dans sa pureté, sans se laisser influencer par les pouvoirs en place, que ce soit en Inde, en Chine ou au Japon.
On les appelle les Patriarches du Zen. Maître Dogen en fait partie.

Si vous lisez son œuvre (le "Shobogenzo"), vous remarquerez qu’il pose sans cesse des questions, qu’il vous pousse même aux questions les plus complexes, les plus audacieuses, mais que lui n’y répond jamais.

Une question ouvre une brèche. On pourrait rester dans ce point d’interrogation, sans la volonté de trouver une réponse, juste être cette question qui fonde l’être humain, là ou s’unissent l’humain et le divin, chez chacun d’entre nous. Et lorsque l’on devient cette question, tout naturellement le regard et l’attention se portent vers l’intérieur, vers le silence. Là où la contemplation de ce qui est devient possible.
Toutes les voies qui y mènent sont des voies d’éveil.
Mais la rencontre avec un maître authentique en est la porte.

 Ji Sei






REFLEXION SUR MÂYÂ : L'ILLUSION
Nonne Ji Sei


MÂY 
«  Illusion, tromperie, apparence »
Issu de la définition du "dictionnaire de la sagesse orientale" :
En sanskrit, Mâyâ désigne dans la philosophie du Vedanta la force (shakti) de Brahman, indissociablement liée à Brahman, comme la chaleur l’est au feu.
Ensemble, Maya et Brahma sont appelés Ishvara, dieu qui crée, conserve et dissout l’univers.


Les hommes ont l’illusion d’un monde tangible et permanent. Même si la nature est une démonstration du changement et des transformations, l’homme continue à prendre pour seule réalité la certitude qu’il est une entité stable. Pour cela, beaucoup d’êtres humains évitent de se confronter à l’impermanence et en particulier à l’idée de la mort.
Pourtant, tout le monde sait que tout ce qui apparaît disparaitra un jour.
Cette pensée de disparition est difficile à accepter tant qu’on vit dans l’illusion d’un soi stable qui va disparaître.
La grande Réalité est toute autre : C’est de « ku », du grand espace illimité que l’on nommera Méta-espace, que les phénomènes apparaissent, et c’est à Ku qu’ils retournent.
Mais il ne s’agit pas de voir cela seulement dans un temps linéaire et continu.
En même temps, une forme va effectivement se transformer dans un temps qui est le sien, un temps relatif. Et en même temps, la forme n’est pas que la forme, elle est aussi ku ; à chaque instant elle se recrée .

Si la forme est ku à sa naissance, à chaque instant de son développement, et à l’instant de sa disparition, cela veut dire que la forme a toujours été ku et le sera toujours. Il n’y a donc ni naissance ni mort dans le monde de la vacuité.

Vivre dans l’illusion, c’est ne voir que la forme dans la forme et ne percevoir l’univers que dans sa multiplicité, et non dans sa réalité et son unité.

Comme on s’inquiète beaucoup pour cette forme que nous nous sommes attribué, ce « soi », on tente à tout prix de le protéger de la disparition. C’est ainsi que naissent les poisons que sont l’ignorance, l’orgueil et l’avidité/aversion.
Ceux ci nous empêchent de refléter le monde et les autres comme dans un miroir ;

On ne peut refléter la réalité qu’en étant vide de soi, sans conscience, sans pensée personnelle basé sur le je ou le mon… c’est ce qu’on appelle s’oublier soi-même.

S’oublier soi-même, c’est actualiser l’Eveil de notre nature profonde ; c’est voir la beauté du monde, c’est exprimer naturellement compassion et bienveillance.

Mâyâ recouvre de ses voiles la vue des hommes, les empêchant d’être ce que nous avons toujours été : paisibles, joyeux et aimants.
Et dans son autre aspect, Mâya mène l’homme à la connaissance de Brahman, l’Absolu.

La pratique du recueillement silencieux est à la fois dissiper les innombrables voiles de Maya, et à la fois faire l’expérience de la clarté qui n’a jamais été voilée et ne le sera jamais.






Le pouvoir de l'intention
Nonne Ji Sei

En sesshin, Sandokaisen donne des enseignements pendant zazen . C'est un kusen
Le premier kusen de la dernière sesshin au Pic Lumineux, le samedi 1er octobre, avait pour thème "l'intention". 
Il y avait dans ce kusen 5 phrases qui donnent à réfléchir : 

Qui sème une intention récolte une pensée
Qui sème une pensée récolte un acte
Qui sème un acte récolte une habitude
Qui sème une habitude récolte un caractère
Qui sème un caractère récolte une destinée...

Il semblerait donc que nous créons notre vie à partir de nos intentions. 


Ca serait comme une graine qu'on plante. Ensuite, elle devient une plante qui grandit, se diversifie, se multiplie...comme nos pensées. 
A quel étape peut-on devenir conscient de ce déroulement inéluctable ? 
Nous subissons la plupart du temps notre "destinée", notre incarnation, sans comprendre pourquoi les choses nous arrivent. Surtout quand elles sont désagréables. On se dit même parfois "je n'ai pas mérité ça". Et pourtant..un mérite est toujours la conséquence d'un acte passé. 

Le caractère, on est persuadé que c'est nous, que ça a toujours été nous..et que ça ne peut pas changer!

L'habitude, on peut commencer à en prendre conscience, mais elle nous rassure tant que l'on a pas vraiment envie de la remettre en question...et puis on ne sait pas trop comment faire. 

En ce qui concerne l'acte, on peut choisir, de l'accomplir ou de ne pas l'accomplir, en étant conscient des conséquences pour soi et pour autrui. C'est le libre arbitre. Mais la force des habitudes est parfois plus forte. 

Pour vraiment vivre sa vie en pleine conscience, on peut devenir conscient de la pensée, et encore plus subtilement de l'intention qui la précède. 
Dans la quiétude du recueillement silencieux on assiste à la naissance de l'intention. Elle se transforme en pensée puis disparaît sous l'oeil de l'attention, ne pouvant pas donner lieu à un acte dans la posture immobile.  
Finalement on réalise que nos pensées n'ont rien à voir avec notre prétendu "caractère"ou personnalité. Ce sont justes des émanations naturelles de notre pure nature. 
Avec la pratique régulière de cette assise, on devient de plus en plus conscient de nos actes, de nos habitudes, de nos traits de caractère..et de notre destinée que l'on peut rendre heureuse ....en choisissant nos intentions !

Ji Sei

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