Sandokaisen


Le maître zen Sando Kaisen

Biographie  
C’est en 1968 que Sando-Kaisen rencontra maître Deshimaru, juste avant son départ pour la Chine où il pratiqua près de l’ancien monastère du sixième Patriarche Huei-Neng, à Nanyang, dans un temple des montagnes du Waifangshan. Ordonné moine en 1979, il débuta sa mission à l’Est dix ans plus tard.
Sando-Kaisen a créé la collection «Au cœur de l’Esprit» en enregistrant 18 CD d’enseignement (disponibles sur la boutique du site). Il est l’auteur de 22 ouvrages publiés dans les pays de l’Est. En France, les éditions Accarias «l’Originel» éditent ses livres dont le dernier «La Vision pure». Un livre de «Stances» ainsi qu’un nouvel ouvrage : «Shikantaza» sont en attente de parution.
Sando-Kaisen ne cesse d’étudier et d’encourager les êtres à la pratique de «shikantaza», le «simplement s’asseoir» de Nyojo. Sa vie est celle d’un moine simple, sans fioriture ni ambition et, malgré ses nombreuses occupations, il ne cesse de répéter :
« Ma vie se déroule d’elle-même, telle qu’elle. »



Enseignements

SHIKANTAZA 


Enseignement de Sando Kaisen

Le vrai zen transmis, c’est Shikantaza.
Shi, c’est l’esprit – kan, c’est le miroir, l’esprit-miroir – ta, qui vient de tao, c’est l’univers tout entier –  za, assis, assise :
         « Assis, l’univers tout entier, par le miroir, reflète l’Esprit, les aspects. »
Quand on parle de l’univers, on parle de la Nature de l’univers, le Tao.

Mais comment faire pour que cet esprit se reflète en le miroir ?
Il y a la pensée, shiryo –et  la non-pensée, fushiryo (fu, négation - négation de la pensée). Et enfin, hishiryo, qui se situe au-delà de la pensé et de la non-pensée.

Il y a deux états à éviter : kontin, l’état d’assoupissement et sanran, l’état d’excès de pensées ou de tension, d’excitation.
Lorsqu’on commence zazen, c'est-à-dire lorsqu’on entre dans le dojo, on s’assied. 
Il y a d’abord la concentration qui est importante, mais la concentration coupe shiryola pensée. C’est bien, mais il ne faut pas y rester. Il faut qu’il y ait sagesse, il faut qu’il y ait observation. 
Donc, la concentration seule ne suffit pas, il faut qu’il y ait chi-e, la sagesse.
Comment peut-on expliquer la relation entre la concentration et la sagesse ? C’est comme la flamme d’une bougie dans une pièce : si la fenêtre est ouverte et que le vent pénètre, la flamme vacille. C’est l’état de sanran, l’état d’excitation : on poursuit des pensées, on n’est pas serein, on est toujours à rechercher quelque chose. C’est le vent, le vent de la pensée qui fait vaciller la flamme. 
Par la concentration, c’est comme si on fermait la fenêtre, il n’y a plus de vent. La concentration apporte la lumière. C'est-à-dire qu’on observe la réalité, la réalité des pensées. C’est comme une flamme de bougie stabilisée qui illumine la pièce : on prend connaissance de ce qui s’y passe.
Donc, quand on est suffisamment concentré, on ne persévère pas dans cette concentration, on laisse les pensées apparaitre, on les observe, on prend connaissance de son esprit.
Parfois, des pensées se soulèvent comme : « Je ne suis pas bien… », « Je suis mauvais… ». ...des pensées de ce genre. On prend connaissance. Ce sont des pensées qui se soulèvent d’elles-mêmes mais, une fois qu’elles se sont soulevées, il ne faut pas les poursuivre, sinon on retombe dans sanran, dans l’excitation, dans la poursuite de la pensée et, en fait, on devient mental, on s’éloigne de la Sagesse primordiale de la flamme immobile. De nouveau, la flamme se met à vaciller. Si on poursuit des pensées, c’est le vent de l’esprit qui voile la clarté.
Á l’opposé, trop de concentration mène à kontin, à l’assoupissement. Le système nerveux est fatigué. On s’assoupit et on entre alors dans une sorte d’errance de l’esprit. Ce n’est plus une excitation, c’est de l’errance de l’esprit. Donc, il faut éviter ces deux extrêmes que sont kontin et sanran, errance, assoupissement et excitation.

Comment trouver l’équilibre entre concentration et observation ? Eh bien, c’est un koan pour tout le monde…
Sans cesse, les états changent, rien n’est stable. Mais il s’agit de garder la lucidité, d’alterner la non-pensée (c'est-à-dire la concentration) et la pensée qui s’élève d’elle-même (l’observation). Trouver l’équilibre. Normalement, on devrait donc être très occupé durant zazen...
En même temps, il s’agit de garder l’esprit disponible pendant qu’il se concentre ou pendant qu’il pense la pensée. Il continue à entendre les sons à l’extérieur, il n’est pas coupé du monde. Donc, la concentration ne doit pas enfermer. Mais s’il n’y a pas de concentration, on devient distrait, on se laisse distraire par le monde des pensées ou par le monde extérieur. C’est donc un équilibre impossible à trouver, mais dont il faut toujours chercher à se rapprocher.
Un observateur à l’intérieur ne sert strictement à rien puisque, soit l’observateur va vouloir observer, soit il va vouloir se concentrer, mais c’est toujours quelqu’un de trop. Il va vouloir intervenir. Donc, pas d’observateur. Lorsqu’on est bien attentif au souffle, l’esprit paisible, c’est comme une flamme de bougie qui veille tranquillement, ce n’est pas une volonté, ce n’est pas une volition, c’est la flamme qui veille. La flamme de l’esprit veille, voit ses états sans intervenir, prend connaissance, ne juge pas, ne rejette pas.
Donc, notre pratique est très subtile. Par cette pratique-là, nous pénétrons le subtil qui est notre vraie Nature. C’est le subtil qui prend le relais de la volition, de l’esprit, de l’observateur. Ainsi, lorsqu’on se met à poursuivre des pensées qui s’élèvent tout à coup, lorsqu’on s’égare à penser, à penser…, alors on revient à la concentration sur la respiration. Et lorsqu’on parvient à la paix qui s’installe d’elle-même, sans même que l’on s’en rende compte, tout à coup de nouvelles pensées se soulèvent. On est juste témoin.
Donc, on va de concentration en observation.
C’est pourquoi Dogen écrit :
         « Shiryo te fushiryo, hishiryo », « Penser la non-pensée, penser au-delà de la pensée et de la non-pensée ».
Penser la non-pensée, c’est en même temps penser la concentration qui est la non-pensée.
Ne pas penser la pensée veut dire : lorsque les pensées se soulèvent, ne les pensez pas. Laissez-les se soulever, se manifester devant l’œil et disparaitre. Ne les poursuivez pas, ne les entretenez pas.
Ceci est le hishiryo, au-delà de la pensée et de la non-pensée. Si vous saisissez cela, vous saisissez le secret de shikantaza.
Pour les tout débutants qui ont moins de dix ans de pratique, c’est mieux de seulement se concentrer, apprendre à vraiment se concentrer, ne faire que cela. Pour les plus anciens, ils doivent passer de l’un à l’autre.
Faire zazen et pratiquer shikantaza sont deux choses différentes.
N’oubliez pas le baromètre des mains avec les pouces : sanran, on poursuit une pensée, l’esprit est dans une sorte d’excitation, les pouces s’élèvent, font une montagne ; kontin, l’assoupissement, les pouces tombent, créent une vallée. Ce sont autant de points de repère pour le corps, pour l’esprit. Subtilement, cela s’actualise d’instant en instant.
Si vous avez tendance à somnoler ou à manquer d’énergie dans la posture, pensez à pousser les petits doigts l’un contre l’autre. Ils sont posés l’un sur l’autre, il faut donc pousser à la verticale. Le petit doigt de la main droite, qui est en-dessous, pousse vers le haut le petit doigt de la main gauche, et le petit doigt de la main gauche pousse vers le bas le petit doigt de la main droite. En ce concentrant ainsi, le cerveau se renforce, l’énergie revient.
Si l’on est trop tendu, on se concentre sur l’extrémité des pouces, à l’endroit où ils sont en contact l’un avec l’autre, et on détend les petits doigts. A ce moment-là, le cerveau se calme. 

On a parlé de shikantaza, de shiryo, fushiryo, hishiryo, de kontin et de sanran, de concentration et d’observation ou sagesse – il vaut mieux utiliser le terme de « sagesse » parce qu’il n’y a personne qui observe –. Donc, concentration-sagesse....

(Extrait d'un enseignement de Sandokaisen sur Shikantaza donné au Temple Zen du Pic Lumineux en 2011.)






Qu'est ce que le zen ?
Le zen en six points essentiels - par Sando Kaisen 

Premier point : « ku »
« La Grande Voie de tous les Eveillés est pareille à l’espace infini, l’espace comme le ciel, transparent, immobile, pur, impossible à entacher.

Voilà ce qu’est la Grande Voie.

Dès l’origine, tout est spacieux, vide, transparent, limpide.

Ceci est « ku ».
La philosophie du Bouddhisme démarre sur « ku », sur le vide.
Dogen employait le mot «méta-espace», pour ne pas s’arrêter au phénomène «espace», en parlant d’un espace qui transcende l’espace ordinaire.
Ce méta-espace est totalement vide. Non pas vide parce qu’il n’y a rien, sinon aucune particule ne serait apparue : ni les étoiles, ni la terre, ni les montagnes, ni les humains…
Il y a donc ce méta-espace qui contient déjà tous les éléments.

Deuxième point : "l’interdépendance"

Voici qu’une graine apparaît.
Sans le contact du vent, c'est-à-dire de ce qui transporte (le vent, c’est l’activité), sans l'action de la chaleur et du froid, sans le transport de chaque élément, la graine ne pourrait pas germer.
Sans l’eau, elle ne pourrait pas se nourrir ; sans la terre, elle ne pourrait pas grandir, et sans le feu, la chaleur, elle ne pourrait pas croître.
C’est la loi de l’interdépendance.
Une graine seule ne peut exister.
Tous les éléments de l’univers participent : la nuit, le jour, le soleil, la lune, les étoiles, les poussières diverses, les insectes, les couleurs visibles et invisibles et toutes les matières côtoient cette graine pour lui permettre d’éclore et devenir une fleur ou un arbre.
Il en est de même pour un humain.
Il lui faut les quatre éléments dans le ventre de sa mère, à l’intérieur comme à l’extérieur, il lui faut l’activité de sa mère, toutes les rencontres qu’elle a pu faire, toutes les nourritures qu’elle a mangé pour lui permettre de se nourrir et de grandir, le travail de tous ceux qui ont cultivé cette nourriture, toutes les couleurs qu’elle a vues, tous les sons qu’elle a entendus…
Une interdépendance sans commencement ni fin.
Une gigantesque interdépendance sans laquelle je ne serai pas apparu.

Troisième point : l’impermanence : « mujo »

La graine apparaît, elle crée une tige, des feuilles, un bulbe, des fleurs… dans un temps. Dans le temps de la fleur qui a un début et une fin.
Toute chose qui apparaît disparaît : c’est la voie de l’impermanence.
Tout ce qui est matière et qui apparaît disparaît, vit un certain temps.
Et le temps dynamique a un début et une fin.
Et s’il en est ainsi pour la fleur, alors il en est ainsi pour l’arbre, pour la montagne, il en sera ainsi pour notre terre, pour toutes les galaxies, pour l’univers tout entier.
Tout ce qui apparaît disparaitra.
Et chaque phénomène qui apparaît a son propre temps.
Le mien, c’est le temps qui est mien.
Le vôtre, c’est votre temps.
Chacun a son temps.
Le temps d’un homme et d’un papillon de nuit est totalement différent.

Quatrième point : la loi de causalité, le "karma".

La loi de causalité est difficile à comprendre.
Ce n’est pas : « Je fais quelque chose de mauvais, je paierai cette chose mauvaise ». Ce n’est pas aussi simple que cela.
Qu’est ce qui fait qu’une graine éclot ?
Quelle est la cause de cela ?
Il y a diverses causes.
Il y a d’abord les quatre éléments : le feu, l’eau, la matière, le vent, donc l’action de mener les choses, de faire mouvoir, de transporter tous ces éléments.
Ceci est la cause.
Mais il n’y a pas que les quatre éléments.
Si une graine apparaît, elle vient déjà d’une autre graine, d’un autre arbre.
Il y a ainsi énormément de causes, et les causes remontent à la nuit des temps.
Aussi ne peut-on jamais voir la source de la cause.
Si on ne peut jamais voir la source de la cause, c’est que, finalement, il n’y a pas de cause.
Et s’il n’y a pas de cause, il n’y a pas d’effet.
Donc, dans la réalité des choses, la cause-effet, la loi du karma, n’existe pas en soi.
Elle existe en tant qu’empreinte dans le cerveau, dans la mémoire :
Si j’accomplis une action, à l’instant où j’en prends conscience, dès que la conscience nait, elle imprime cela et elle le garde de côté.
Et tôt ou tard, comme une graine, cette action germera, produira un effet.
Mais si nous agissons sans conscience personnelle, il n’y a pas de karma, puisque le karma dépend de la conscience.

Cinquième point : "l’égarement"

Qu’est ce que l’égarement, dans l’enseignement du Bouddha, de la Voie ?
C’est prendre pour vrai ce qui est faux.
C’est cela, l’égarement.
Croire que la graine possède une entité.
S’il en était ainsi, elle n’aurait pas besoin des quatre éléments, ni de l’arbre d’avant, ni des enchaînements d’après.
Elle se suffirait à elle-même.
Or, si l’on enlevait un seul élément, le germe n’existerait pas.
On en revient à l’interdépendance.
Si nous trouvions en nous quelque chose qui soit auto-suffisant dans notre corps-esprit, on pourrait se passer de tous les existants.
Et cependant, sans les existants, sans l’interdépendance, on ne pourrait même pas imaginer exister.
Par conséquent, la nature vraie de mon être, c’est la nature de tous les existants.
Il n’y a pas un "soi". Mon Soi, c’est tous les existants.
Mon vrai Soi, c’est ce qu’il y avait avant même la naissance de mes parents.
Avant la naissance des montagnes, avant la naissance de la matière.
C’est né avec « ku », le méta-espace qui ne connaît ni naissance ni mort.
L’égarement est de croire en un soi dépendant de soi-même et essayant de s’harmoniser avec un monde extérieur ou avec des consciences intérieures.
Cela n’existe pas. 


Et enfin, sixième point : "la libération"

La libération, c’est se libérer d’un faux moi pour voir la réalité telle qu’elle est, et commencer à réfléchir au rôle que j’ai à jouer sur cette terre dans la réalité.

         Je dois comprendre que, si je vis chaque jour, c’est grâce à la nourriture que j’absorbe, à l’eau que je bois, au sommeil qui me repose, c’est par le moindre de mes mouvements, le moindre de mes contacts avec l’air environnant, avec le soleil, la lune, la nuit, le jour, les êtres, ceux qui me nourrissent, ceux qui me transportent, tous les objets que je côtoie, qui ont été faits par d’autres, c’est par les échanges que j’ai constamment avec le monde extérieur, le monde extérieur multiple.
          Que mon existence, je ne la dois pas à moi-même, mais à mes parents, qui, eux la doivent à leurs propres parents, qui, eux-mêmes la devaient à leurs parents, et, ainsi, jusqu’au premier homme, jusqu’au premier animal, jusqu’aux quatre éléments et jusqu’au méta-espace.

Que tout cela, du méta-espace jusqu’à mon action de maintenant, le temps d’avant et le temps d’aujourd’hui, finalement, cela s’accomplit dans chacune de mes actions.
Autrement dit, la lignée de tous ceux qui m’ont nourri agit en même temps que j’agis maintenant, sans séparation.

Lorsque nous comprenons cela, en prenant conscience des multiples existants qui constituent chacune de mes actions, le moi individuel disparait, puisqu’il est habité par la multitude des êtres. Si le moi individuel disparait, l’égoïsme disparait.

Et on comprend que notre existence est un don.
Non pas le don d'un Dieu, mais le don de tous les existants qui m’ont permis d’exister. Puisque tous les êtres ont reçu et donné en permanence et que, moi-même, j’ai reçu de tous les êtres, je dois moi-même offrir et donner.
Et puisque tous les êtres ont donné sans arrêt, je développe la reconnaissance vis-à-vis de tous les êtres.
Puisque tous les êtres ont souffert dans leur corps et dans leur esprit pour que je puisse exister aujourd’hui, je compatis à la souffrance de tous les êtres.

Ainsi, on développe ces trois aspects :
Le don
La reconnaissance
La compassion
Notre Bouddhisme, ou le zen, est basé sur ces trois principes fondamentaux.

Mais on ne peut percevoir la réalité du monde, on ne peut s’oublier soi-même que si on développe une attention.
Une attention capable de développer un état de veille constant qui nous permet de percevoir la réalité, et non pas de percevoir l’imagination qui m’envahit chaque jour avec des pensées qui errent de ci de là, poursuivant des buts, recherchant le bonheur, fuyant la souffrance ou le malheur, choisissant le bien, rejetant le mal, faisant toutes sortes de catégories, toujours pris dans la dualité, toujours en allant dans une seule direction.

En fait, regarder la réalité, c’est embrasser toutes les contradictions, les vivre à chaque instant, sans séparation :
Quand je n’ai rien, je vis le fait de n’avoir rien.
Quand il y a quelque chose, je vis la chose telle qu’elle est.
Quand le mauvais arrive, je m’harmonise avec le mauvais.
Quand arrive le merveilleux, je m’harmonise avec le merveilleux.
Je ne m’attache pas plus au merveilleux qu’au mauvais.
J’embrasse toutes les choses d’un esprit égal.

Comment obtenir un esprit « égal » ?
On ne peut l’obtenir que lorsque l’esprit est en paix.
Comment faire pour que l’esprit soit égal et en paix ?
La meilleure façon est de stabiliser, d’immobiliser corps et esprit.
Immobiliser corps et esprit veut dire : s’asseoir paisiblement sans penser à rien de particulier, ne poursuivant ni pensée ni objet, ne cherchant pas à obtenir quoi que ce soit ni à fuir quoi que ce soit.

Lorsque l’on pacifie corps et esprit en zazen - pacifier veut dire : oublier corps et esprit, oublier ma propriété, le mien, le moi -lorsque corps et esprit sont pacifiés, en l’espace infini qui m’anime, en le méta-espace de l’origine, du vaste ciel, lorsque tout cela disparaît, la paix s’installe, toutes les pensées sont pacifiées et il y a libération.
Lorsque l’esprit est agité, il y a égarement.
Comment sortir de l’égarement ?
En apaisant l’esprit.
Comment se libérer finalement totalement, complètement ?
En transcendant le dualisme, en embrassant toute la dualité sans contradictions, en acceptant toutes choses.

Et si on devait résumer tout ce qui vient d’être dit, on pourrait dire :
Qu’est ce que la Grande Voie ?
Un ciel illimité n’étant pas deux, sans dualité.
Voilà le point de départ et le point d’arrivée de l’accomplissement de l’œuvre de l’humain sur terre, la raison pour laquelle il est apparu et la raison pour laquelle il disparaît.
Mais, étant donné que le vaste ciel n’apparaît pas et ne disparaît pas, tout ce qui se déroule en nous-mêmes n’est que le jeu de la conscience sans réalité fondamentale.
Donc, ça veut dire que, avant de pratiquer, l’Eveil brillait, et après la pratique, l’Eveil ne disparaît pas.

Voilà que ce qui est dit dans des milliers de sutras.

Les hommes se sont égarés depuis le méta-espace.
Ils ont pensé à toutes sortes de choses, de générations en générations.
Il faut donc que la pensée se remette en marche dans le bon sens.
C'est quand la pensée est arrivée au bout, qu’elle ne sait plus où se tourner, qu'on va chercher une Voie, qu'on va chercher à pratiquer. 
Lorsqu'on est arrivé au bout de la réflexion, au bout de toutes les possibilités, on s'assoit dans le silence et le recueillement.

(Enseignement donné par maître Sando Kaisen au Temple du Pic Lumineux en mars 2008)

                           Le recueillement silencieux

Taisen Deshimaru 

L’homme seul marche les yeux grands ouverts, ne dépend de personne et reste intègre.

Le Zen, c’est avant tout savoir vivre et savoir mourir.
L’homme seul est responsable de ses pensées, de ses paroles et de ses actions.
Personne ne peut respirer à sa place.
Il n’y a personne au-dessus de lui et personne en-dessous.

Il n’y a personne ni rien à vénérer, aucune idéologie.
Ne recherchez ni n’imaginez aucun Bouddha, aucun état céleste, aucun mérite, aucune illumination ni aucune récompense quelle qu‘elle soit.
Lorsqu’on est sincère dans sa respiration et dans sa posture,
on est sincère en toutes choses.
Lorsqu’on est vrai, respirant, on est vrai pensant, parlant, agissant.

Aussi, sans pratique, toute spiritualité n’est que rêve, illusion et projection mentale.

Cette posture n’est ni Zen, ni bouddhiste, ni chrétienne.
Elle est la libération de tout ce que vous avez enfermé si précieusement dans les habitudes de ce corps.

C’est le recueillement silencieux et désinteressé

Sando Kaisen

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